vendredi 5 mars 2010

Choix des termes

Cela fait quelques jours maintenant, même si j'ai l'impression qu'il s'agit de mois, que j'ai terminé les corrections d'Opale et je travaille avec beaucoup de plaisir sur Sidoine. Cette fois, l'histoire est bien engagée et une amie m'a fait la bonne surprise d'aimer les premiers chapitres écrits. Bien sûr, je ne doute pas qu'il y aura encore du travail mais au moins, elle ne s'est pas ennuyée à la lecture de Sidoine. :) C'est énorme !

L'histoire de Sidoine se déroule dans un monde médiéval fantastique sans grande surprise, pour l'instant. Mais il faut savoir que décrire un monde médiéval, même fantastique, même standard, n'est pas de tout repos pour l'auteur. Et ceci est essentiellement dû à des questions de vocabulaire... j'en ai fait l'expérience avec les corrections d'Opale.

Quand on fait vivre les personnages d'un monde médiéval fantastique, on prend bien garde à ce qu'ils n'utilisent pas d'objets d'une autre époque. Il est assez aisé de ne pas y placer de montres, d'ordinateurs, de voitures ou autres gadgets. De même, dans les propos échangés, on doit faire attention à ne pas utiliser d'expression de notre époque. "C'est cool, mec. C'est trop de la balle de te rencontrer." ne permettra pas à vos lecteurs une immersion complète dans votre époque. Il vaudrait mieux un "Il m'est heureux de faire votre connaissance, messire." Jusque là, c'est l'évidence. Là, où ça se complique, c'est dans les descriptions. Parce que là non plus, il ne faut pas avoir de référence à notre époque. On évitera par exemple de dire qu'un arbalétrier fait feu. Mais on peut pousser encore un peu plus le raisonnement. Lors des corrections d'Opale, on m'a demandé, à juste titre, de retirer le mot "paranoïaque" des passages opaliens. D'abord rétive, j'ai réalisé que c'était un mot psychiatrique et très actuel, et je l'ai donc supprimé du texte, en compagnie d'autres termes du même acabis.

Dans le même ordre d'idée, il faut bien choisir le vocabulaire pour rendre une atmosphère particulière. Pour une scène d'horreur, on évitera d'utiliser des termes doux, on cherchera des mots agressifs. En caricaturant, on ne dira pas que "le diable est joli" mais que 'le diable est d'une infernale beauté", par exemple. Des auteurs comme Jérôme Noirez ou Catherine Dufour sont des modèles dans le genre. Il suffit de lire quelques mots de leur prose pour se sentir instantanément dans le milieu décrit.

Ce choix de termes représente un gros travail pour l'auteur mais un plaisir évident pour le lecteur qui se sentira complètement immergé dans l'histoire racontée et qui, avec un peu de chance, en redemandera. :)

Sur ce, je vais reprendre mon travail sur Sidoine. Un guet-apens m'y attend. :)

8 commentaires:

  1. Comme tu as raison !

    Je me suis retrouvée bête sur les expressions comme "tout à l'heure" dans un monde où il n'y a pas d'heures... Ou enfantin, quand le mot "enfant" n'existe pas...

    Ça fait toute l'ambiance de trouver les termes justes !

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  2. Mouarf !!

    Je VEUX lire Sidoine ! A chaque fois que tu en parles ça me donne trop envie... Dépêche ! :p

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  3. @ Nadia : Oui, pas évident quand on crée des mondes bien particuliers. On vient de me remonter un anachronisme pour Sidoine, d'ailleurs : faire long feu... c'est pas d'époque. :)

    @ Aline : Je me dépêche, je me dépêche. :) Je me donne jusqu'à septembre pour le terminer. Tu tiendras le coup jusque là ? ^^

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  4. La question du langage est très délicate... je me souviens, quand j'ai commencé à faire de l'ancien français, et donc à étudier en profondeur l'origine des mots, je me disais : oui en fait, rien n'est cohérent dans les termes que j'emploie ! Alors en effet il vaut mieux éviter les gros anachronismes, mais puisque nous partons dans nos histoires avec notre langage, n'est-ce pas comme si nous "traduisions" des événements depuis leur langue d'origine ? Puisque si l'on pousse le raisonnement plus loin, objectivement, il est impossible qu'un peuple de fantasy/SF parle exactement le même langage que nous, même en partant de la même base linguistique, il y aurait forcément des variations énormes :)

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  5. Je suis bien d'accord, et c'est très difficile.Le choix des termes revien t lutter contre contre nos habitudes orales.

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  6. Désolée de répondre aussi tardivement.

    @ Samantha : Si, si, je suis bien d'accord avec toi. Sinon, nous serions obligés de parler en vieux françois pour représenter le monde du moyen age et peu en sont capables. Mais ce qu'il y a c'est qu'il ne faut pas que le lecteur sorte de notre monde à cause d'un mauvais terme. Par exemple, tu peux utiliser l'expression "Etre au courant" puisque le mot courant désigne le courant d'une rivière mais si tu l'utilises, la majorité pensera au courant électrique et s'en trouvera gênée.

    @ Léa : Oui, c'est très difficile et même en relecture, on ne s'en rend pas forcément compte.

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  7. Un point délicat, en effet ! Cela dit, je suis peut être naïve mais je crois que beaucoup de gens ne se formaliseraient pas du "paranoïaque" par exemple. Enfin personnellement je ne suis pas calée en histoire donc beaucoup d'anachronismes passent comme une lettre à la poste lorsque je lis, pourvu que l'histoire soit prenante !
    En revanche, quelqu'un de plus cultivé buggera peut-être sur de tels termes... Mais il est vrai que dans l'ensemble, une impression générale de cohérence doit permettre une meilleure immersion !
    Bon courage pour la traque des bêbêtes de ce genre ^^

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  8. @ Xanadu : Là, c'est une question de sensibilité et c'est là que l'éditeur joue son rôle. C'est avec sa sensibilité à lui que le roman est corrigé mais cette sensibilité, c'est celle d'un professionnel qui sait ce qui plait ou déplait chez ses lecteurs. Et merci pour les encouragements, Xanadu. :)

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