lundi 9 novembre 2009

Sidoine : Labeur et sueur

Je suppose que vous avez déjà lu une bibliographie. Vous savez cette liste de titres écrits par un auteur. Romans, nouvelles s'y côtoient au fil des années de leur édition. Et là, je ne sais pas pour vous, mais souvent, moi, je reste bouche bée devant l'immensité de la production de certains écrivains. Je me sens soudain très humble, très très humble. Ce n'est qu'une suite de titres, une suite de succès puisqu'il y a eu édition. Rien ne permets de dire et c'est bien là que le bats blesse si l'auteur a eu des difficultés particulières avec tel ou tel texte. La bibliographie ne mentionne nulle part que l'auteur a travaillé sur ces lignes pendant des mois voire des années, qu'il a souffert, qu'il s'est réjoui ou au contraire s'est senti déprimé devant l'ampleur de la tâche. On ne sait même pas s'il a aimé ce qu'il a écrit ou pas. Tout ce que la biblio nous renvoie, c'est cette impression de continuité, d'écriture aisée, sans aucun obstacle sur la voie de l'écrivain. Peut-être est-ce le cas pour certains. Pas pour moi.

Moi, je galère, je rame, je sue, je souffre sur Sidoine. Je ne sais plus combien de fois, j'ai dit "Ca y est ! Je tiens mon histoire !" pour me rendre compte après quelques lignes que non, décidément, ce n'était pas encore ça, qu'il manquait quelque chose, que je me trompais quelque part, sans pouvoir mettre le doigt dessus. C'est le problème avec l'écriture. Il ne suffit pas d'aligner les mots, il faut en plus que le texte plaise, qu'il dégage une certaine émotion. Sinon, il ne passera pas, auprès de personne. Et étrangement, tant que l'auteur n'est pas pleinement en possession de son monde, de son histoire, de ses personnages, l'émotion ne fera pas partie du récit. C'est du moins ce que je pense. C'est ainsi que je fonctionne pour ma part. Et heureusement pour moi, j'ai des bêtas lecteurs qui n'hésitent pas à me dire qu'ils sont allés se coucher en plein milieu de l'histoire car elle ne les interpellait pas suffisamment.

Aussi, aujourd'hui, je vais encore une fois dire "Ca y est ! Je tiens mon histoire !" et je vais pouvoir reprendre la rédaction de Sidoine. Sauf que cette fois et j'espère ne pas me tromper, c'est la bonne. Oubliés les loups garous et la soif du sang qui me semblaient trop "à la mode", oubliées les armures qui me gênaient, oublié le système de magie qui ne me convenait qu'à moitié sans que je parvienne à dire pourquoi. La magie a été revue et rend cohérent le monde imaginé. Les bhargoests, créatures magiques, auront des caractéristiques en propre. Sidoine a enfin un passé cohérent et son caractère m'apparait clairement. Il y a encore un petit blocage du côté d'Oriane. Je l'avoue. Et il faudra encore que j'y cogite mais j'ai avancé. Je sens que ce roman va être un bon roman.

Pourquoi je vous raconte tout cela ? Simplement pour qu'il reste une trace quelque part des difficultés que j'ai eu à rédiger Sidoine, à faire part du travail que représente un roman, de ces allers retours incessants entre la rédaction et le scénario, de cette alchimie nécessaire entre un auteur et son roman, pour que cette ligne qui sera peut-être un jour sur ma bibliographie soit plus qu'une simple ligne. Alors, auteurs, au boulot ! Et lecteurs, n'oubliez pas tout le labeur qu'il y a derrière un roman, même s'il ne vous plait pas. :)

8 commentaires:

  1. Oh m...

    J'ai mis une Orianne dans les Siwès Chronicles. Un prénom qui m'était venu naturellement sans que je sache d'où.

    Ne t'inquiète pas. Moi aussi je souffre, mais bientôt, ce sera ua tour de mes personnages...

    MOUAHAHAHAH !

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  2. Quel était le ratio, déjà ? 5% d'inspiration, 95% de transpiration ?

    Dans tous les cas, bon courage ! Ce n'est pas évident pour un nouveau roman de passer derrière un succès (dans le sens texte accepté). C'est plus facile de passer derrière un échec, on ne peut que faire mieux...

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  3. Tu décris très bien mon sentiment actuel... en tout cas je te souhaite bon courage, le pourcentage d'NB est assez juste, mais accroche-toi, je suis sûre que ça en vaut la peine !

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  4. @ Syven : J'ai déposé un copyright sur le prénom d'Oriane. Heureusement pour toi qu'il n'y a qu'un seul "n" dans le prénom de mon héroïne. ^^ Et t'as raison, les persos, c'est fait pour souffrir. :)

    @ NB : C'est vrai ce que tu dis, NB. Le fait d'avoir trouvé un éditeur pour un roman pousse à vouloir faire aussi bien sinon mieux et on est moins satisfait de ce que l'on fait. Mais là, je me suis résignée. Daube ou pas, tant pis, je veux m'amuser à écrire cette histoire avant tout. :)

    @ Samantha : Merci. Je m'accroche. Et toi aussi, accroche toi. :)

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  5. Comme je te comprends ! Tu fais bien de poster ce billet. On n'en goûtera que davantage les aventures de Sidoine ;-)

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  6. Alors là...

    Mais alors là... :o)

    Il ne faudrait pas confondre bibliographie et bibliographie réelle.

    Tu as la bibliographie "officielle", qui n'a rien d'exhaustive, puisqu'il est possible de publier sous pseudonyme.

    Tu as celle plus réelle des textes écrits, qui sont soit publiés, soit en recherche d'éditeur, soit en finalisation pour le bon moment, soit en ébauche.

    Au début d'une carrière, cette dernière bibliographie est la plus longue, les autres sont un peu plus creuses. Mais rappelle-toi quand même que les fleuves sont des ruisseaux à l'origine, et que les petites pièces font les grandes fortunes. Et ô combien il est impossible de remplir les autres bibliographies sans alimenter auparavant la première.

    C'est comme pour l'écriture, on ne peut "que" commencer par écrire, avant d'empiler de la matière, beaucoup de matière... et beaucoup de refus dans un premier temps (même, et surtout de ses bêta-lecteurs ;-) ), jusqu'à ce que les refus s'espacent, s'estompent, disparaissent...

    Alors le texte de passer d'une bibliographie vers l'autre.


    N'oublie pas, quand même, que Stendhal a juste cinq livres à son actif !
    Tolkien tout autant.
    Mais quels livres !!!

    Quantité ne signifie pas qualité. :-)

    Ni durabilité intemporelle.

    Tu en croiseras beaucoup sur http://www.bdfi.net/ qui ont des bibliographies longues comme le bras, assez pour remplir une page ou plus, mais ça ne veut rien dire.
    Au moins dans mon cas ! :-)
    Puisqu'il s'agit souvent de textes très courts, à peine une page A4.


    Certes tu peux rêver d'une bibliographie longue comme le bras d'un fleuve tumultueux.
    Mais l'envier chez les autres... ? Alors que tu commences à peine ta carrière d'auteur.

    Laisse-toi un peu le temps quand même.

    Pas trop !

    Un peu. ;-)

    L'Amibe_R Nard

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  7. @ Bernard : Mais je suis d'accord avec toi et je n'ai aucunement l'intention de mettre plein de lignes dans ma bibliographie. Je préfère me faire plaisir et je ne trouve pas de plaisir dans la précipitation. :) Non, je voulais juste faire part de l'immensité du travail existant derrière une simple ligne. Ce qui pourrait paraître aisé ne l'est pas. Et je suis d'autant plus humble devant ceux qui ont des bibliographies longues comme mon bras. :)

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  8. Ouvrir une huître paraît facile, mais c'est tout un art.

    Et pourtant, ce n'est qu'une huître.

    Mais sans se blesser (ouaip, c'est super coupant une huître du Bassin d'Arcachon), sans mettre de la coquille partout, ou de la vase. Pas facile !
    Beaucoup d'essais avant de transformer. :-)

    Un mot, ce n'est qu'un mot. Accolé à d'autres, il forme une phrase. Puis d'une phrase un paragraphe. De paragraphes on déboule sur un texte.

    Sans se couper, sans mettre de coquilles partout, ou de la vase ? :-))

    Bien sûr que l'exercice est difficile. Il faut deux ans et pas mal de bleus au petit d'homme pour se lever. Rien n'est facile, tout est transpiration.

    Sauf que, une fois que tu sais marcher... tu peux te mettre à courir !
    Galoper, cavaler, vrombir comme le fleuve en éruption.

    Tout se met en place d'un coup, toutes les pratiques (longuement répétées) trouvent leur justification. Et les textes arrivent, parce que tu vibres au diapason.

    C'est la montée vers le La qui est difficile.


    Tu te trouves humble devant ces listes de titres... Si tu savais combien le vrai auteur n'accorde aucune importance à ces listes. Elles appartiennent au passé, à ce qui a été, et non pas à l'oeuvre à écrire. Celle de maintenant.

    Celle que tu es en train d'écrire.

    Tu peux y voir un réconfort, certains y voient une angoisse, de plus en plus lourde, dans "je dois mieux faire", toujours mieux faire ! Sans arrêt mieux faire.

    A force de chanter trop haut, on se casse la voix. :-))

    Or, en toute chose, il faut trouver sa juste voix.


    Maintenant, on peut prendre l'inverse du propos.
    Et se réjouir à la découverte de telles listes, parce que ça veut dire : oui, c'est possible.
    Oui, on peut s'amuser autant, avec sa voix.
    Et, Oui, on peut chanter toute sa vie.

    La lalala :o)
    L'Amibe_R Nard

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