mercredi 5 août 2009

Troisième prologue de Sidoine

Aujourd'hui, je vous livre la dernière version du prologue. Il tient compte des changements concernant Oriane. De jeune paysanne aux moeurs légères, il est devenu... vous verrez en lisant. Contrairement au second prologue, celui-ci est plus court. Il devrait s'allonger légèrement lors des corrections pour améliorer le suspens. Je ne sais pas vous mais, pour ma part, je suis incapable de modifier un texte que je viens d'écrire. Il a besoin de reposer quelques temps avant de pouvoir être retravaillé.

Dans cette version, j'ai mis l'accent sur Oriane et Sidoine. On ne voit plus apparaître Njorg mais son ombre maléfique plane sur le premier chapitre. Cette disparition n'est donc pas bien grave. Jusqu'ici, j'avais essayé d'écrire un roman très dark. Vexée qu'Opale soit qualifié de jeunesse alors que je l'avais écrit pour des adultes, j'ai cherché à me forcer à écrire une histoire sombre. Mais chassez le naturel et il revient au galop... Je peux me forcer sur quelques milliers de signes mais au final, ce n'est pas du tout mon style d'écriture. Dans ce prologue, j'ai voulu donner un avant gôût du style que je veux donner au roman : sombre mais pas sans une pointe d'humour noir. Quant à savoir si je pourrais tenir la barre jusqu'au mot fin, c'est une autre histoire...

Allez, je vous laisse lire le 3eme prologue. A noter qu'il est un peu cru et donc, pas forcément adapté aux jeunes gens. Et si vous avez un peu de temps, n'hésitez pas à me dire quel prologue vous préférez et pourquoi. Bonne lecture.

"L’aube ne serait pas là avant plusieurs heures. Un vent belliqueux faisait voler les pans de la lourde cape de laine autour du cavalier. Sidoine arrêta sa monture et observa les lieux. Une courte route menait dans un petit village tandis qu’une autre portion, plus large, s’éloignait dans la campagne et se perdait rapidement dans la brume. Sidoine grommela un juron. Transi de froid, le dos endolori, les extrémités gelées, l’estomac vide et l’esprit embrumé par la fatigue de sa longue chevauchée, le guerrier n’était plus que l’ombre de lui-même. Il réfléchit un instant et haussa finalement les épaules. Cette Jeanne de Domfroy pouvait bien attendre le lendemain pour qu’il la rejoigne. Il avait bien mérité un peu de détente pour le restant de la nuit. Il éperonna son étalon et ne fut pas long à reconnaître l’enseigne du bordel le plus proche.

En ce long mois d’hiver, la nuit tardait à laisser place au jour. Une brume humide et compacte inondait les fossés de cette campagne reculée de l’est du royaume de Falatie, recouvrait monts et collines, redessinait les contours de toute choses. Une bise glaciale soufflait de l’est. Jeanne l’entendait siffler à ses oreilles malgré les murs de pierre grise de la petite chapelle de Domfroy où elle priait. Une bourrasque plus puissante que les autres força les battants de l’entrée, se fraya un chemin à l’intérieur, souffla les cierges, s’engouffra dans les longs cheveux noirs de Jeanne avant de venir mourir au pied de l’autel. Un rugissement sourd résonna en écho. Jeanne tourna la tête. La porte battait contre le mur, laissant apercevoir au dehors une forme plus sombre que la nuit la plus noire.

Des yeux couleur d’émeraude, des cheveux noirs de jais, la taille fine, une poitrine discrète, elle se nommait Oriane. Le guerrier aurait préféré une femme plus en chair, plus âgée, plus… moins… Elle bâilla et la mère maquerelle lança un regard désapprobateur à Sidoine. Sans sa carrure de géant, la bâtarde pendant à son côté, son regard noir, son visage tanné par le froid et le soleil, elle l’aurait certainement foutu à la porte. Il accepta la donzelle. A cette heure, il n’avait plus guère le choix.

Des yeux couleur rubis, une crinière rouge courant de la tête aux reins, une taille dépassant les deux mètres cinquante, une tête de loup posée sur un torse humain, des cuisses humaines reliées à des jambes de loup, des bras humains aux mains griffues, à la pilosité abondante, ainsi apparut le bhargoest à Jeanne. Du sang s’était figé aux commissures de ses babines, mouchetait son corps de tâches sombres. Son regard semblait chercher à la transpercer. Il pénétra dans la chapelle et Jeanne crut qu’il en avait chassé l’air jusqu’à ce qu’un cri déchire l’air, son propre cri. Jeanne se leva et se précipita vers la porte donnant sur l’arrière du bâtiment.

A son cou, la perle rouge sang oscillait sous les coups de butoir de ses reins. Sous lui, la prostituée bougeait à peine, poussant de vagues cris de plaisir de temps à autres, le regard perdu dans les poutres du toit. Sidoine enrageait. Au prix où il la payait, elle pourrait au moins faire semblant convenablement. Il se retira brutalement, retourna la fille, et reprit sa besogne. Au moins, elle avait une belle paire de fesses.

Jeanne courait comme elle n’avait jamais couru de sa vie, aussi vite que ses jambes le lui permettaient, l’homme-loup à ses trousses. Elle avait cessé de prier à voix haute, conservant son souffle pour la course, mais son esprit continuait de lancer des prières en direction du Très Haut. Il ne pouvait pas l’abandonner maintenant, pas ainsi. Elle était l’Elue, celle qu’il avait choisie pour reconquérir le trône de Falatie et y placer le seul et unique roi, Francis de Molière. Ses propres saints le lui avaient dit !

Le corps de la maraude frémissait sous ses assauts répétés. La chair ferme de sa croupe ondoyait sous ses doigts. La longue chevelure de la belle formait un chaste rideau devant son visage et Sidoine se plaisait à croire que ses petits cris de jouissance n’étaient point feints. Il accéléra le mouvement, agonissant sa monture d’excitantes injures.

Le bhargoest était sur elle. Jeanne sentait son souffle dans son cou. Elle voulut lui échapper mais ses jambes refusaient de la porter davantage. Elle s’écroula à ses pieds, le souffle court.

Il sentait la jouissance toute proche maintenant. Il s’était tu, avait fermé les yeux et ahanait à chaque nouveau va-et-vient.

Puisant dans ses ultimes forces, elle se tourna vers la créature mi-homme mi-loup et, dans une dernière tentative de protection, tendit dans sa direction la croix qu’elle portait au cou. Un rire amusé sortit de la gorge humaine.

Il était le roi. Le monde avait cessé d’exister et ne subsistait plus que le plaisir animal de ses reins. Il ouvrit la bouche sur un cri de plaisir.

Le bhargoest, ses mâchoires de loup grandes ouvertes se rapprocha de son visage et Jeanne hurla de terreur.

Sidoine grogna son extase.

La gueule se referma sur la gorge de Jeanne, broyant la jugulaire. Le cri de la jeune femme se transforma en un gargouillis immonde avant de s’éteindre à jamais.

Sidoine se laissa retomber sur le côté. L’instant d’après, il ronflait.

Le bhargoest goûtait la chair fraîche quand un sifflement strident lui fit relever la tête. Il monta la proie sans vie sur ses épaules et courut rejoindre sa maîtresse.

Le soleil brillait sur l’horizon quand le cavalier carapaçonné de noir parvint en vue de Domfroy. Le guerrier arrêta net sa monture. Du village, il ne restait que des décombres calcinés. Quelques fumées fétides s’étiraient paresseusement dans l’air vif.
− Eh, merde ! fit Sidoine."

10 commentaires:

  1. Le texte commence vraiment là

    Sidoine grommela un juron. Transi de froid, le dos endolori, les extrémités gelées, l’estomac vide et l’esprit embrumé par la fatigue de sa longue chevauchée, le guerrier n’était plus que l’ombre de lui-même. [...]

    Et merde, dit-il... il ne sera pas payé.

    Par contre, pourquoi mettre le village à sac et tout détruire, lorsque le plus important est arrivé. Il y faudra une bonne raison.

    Un peu plus adulte. Oui, ça donne à le penser :-)))

    Même si je me demande un peu comment ton personnage peut se guider à travers la nuit, à travers la brume... ce qui explique peut-être mon élimination du début, pour entrer vraiment dans le sujet.

    l'Amibe_R Nard

    RépondreSupprimer
  2. Alors, pourquoi mettre le village à sac est une bonne question. J'avoue que c'était pour la scène... mais je ne doute pas trouver une raison valable sous peu.^^

    Pour la brume, il faut que je la retire. Ca fait partie des corrections prévues. Comme on me l'a très justement fait remarquer. Il ne peut pas y avoir de brume quand il y a du vent. Et effectivement, mon personnage voit trop bien dans la nuit. Je verrai pour modifier cela aussi.

    Comme d'habitude, tu as raison, mon Bernard. Merci.

    RépondreSupprimer
  3. Si ton personnage est un vampire, pourquoi pas... :-))
    Après tout, il y a du loup-garou en face de lui, plus une femme énigmatique qui est assez puissante pour employer un loup-garou. Donc pas de la babiole de foire que l'on affronte à la rigolade.

    J'espère aussi qu'il va se trouver quelques cadavres de gens importants (en défense), pour montrer que ta dame n'attendait pas après cet unique héros ;-)))
    Mais qu'elle mettait toutes les cartes dans son jeu.

    l'Amibe_R Nard

    RépondreSupprimer
  4. Non mais il faut oublier le second prologue, Bernard. Et ne t'inquiète pas pour Njorg, elle n'attend pas après Sidoine. ^^

    RépondreSupprimer
  5. Sans conteste un des meilleurs prologues que j'ai lus !Vraiment hâte de découvrir la suite ;-)Speculoos pour fêter ça et pour t'encourager à la suite !

    RépondreSupprimer
  6. Ils sont où les speculoos ? Ils sont où ? Hein ? Bon, maintenant, vous savez comment me soudoyer. ^^

    Merci, Blacky. Tu es un amour. :) La suite ? Ben, va falloir que je me secoue... après les vacances... :)

    RépondreSupprimer
  7. Coucou Béné ... Quelques réflexions (en vrac) d'une banale lectrice (suis pas versée dans la littérature moi):

    1) c'est cool d'être capable de voir le détail d'un monstre dans le noir (y'a plus de bougies), qui plus est qui tourne le dos à l'extérieur (même pas une éventuelle lune). "Une forme plus sombre que la nuit", mouchetée de tâches sombres. Perso, je ne vois pas la couleur des yeux, ni la crinière ou encore le sang sur le visage ou le corps de quelqu'un dans le noir (pourtant je m'appelle aussi Jeanne),

    2) la tête est de loup (toujours dans le noir), la chose bestiale, mais le rire est humain ... pourquoi pas,

    3) "Et merde !" sonne terriblement moderne non?

    4) Moi ça ne me gêne pas que tout soit calciné ... au point où on en est; d'ailleurs rien ne dit que ça n'a pas été fait avant le meutre. Le bahrgoest et sa maitresse ont l'air plutôt sadique ...

    5) Ah ces héros qui sont tombés dans le viagra à la naissance! L'inégalité des sexes existe vraiment. Quand je ne suis plus que l'ombre de moi-même, que j'ai faim et froid (genre je rentre de plusieures heures dans le bush à relever des pièges, les arbres s'étant tous égouttés sur moi et j'avais de l'eau jusqu'aux mollets en traversant le dernier gué), je filerais plutôt vers les bains chauds avec collation et massage (...) que vers le premier bordel en vue. Aucun savoir vivre ces guerriers!

    6) Sinon, j'aime bien le rythme du texte. Je le préfère aux 2 précédents.

    7) J'ai du mal à suivre l'angoisse du livre pour jeunesse/adulte. Un livre adulte signifie-t-il "cul et tripes étallées"? Bon, d'accord, je retourne à la littérature pour ados ;o)

    Laurence

    RépondreSupprimer
  8. Coucou Laurence. Ben, ça, c'est du commentaire. ^^ Heureuse d'avoir ton point de vue sur la question.

    1) C'est vrai qu'il va falloir que je mette un peu de lumière dans cette chapelle, moi. Bien vu. Et non, tu t'appelles pas Jeanne... tu t'appelles Laurence, toi.

    2) Oui, ça c'est normal que le rire soit humain et la tête de loup. L'explication suivra.

    3) Yep. Mon homme confirme. :) Il faut que je trouve un juron de l'époque. Non, en fait, plusieurs jurons...

    4) Et rien ne dit qu'il n'y a qu'un seul bhargoest. C'est du premier jet. Il faut que je rajoute les autres.

    5) Ben oui mais c'est ça les héros moyen ageux... Ca fracasse les ennemis durant la journée et ça se paye des filles de taverne le soir. ^^ Et tout ça, en armure. ^^

    6) Le rythme est très soutenu, oui, très dans l'action.

    7) Je ne sais pas ce que signifie livre pour adultes en fait. J'avais juste envie de faire dans le sexe et tripes à l'air, oui. J'ai bien conscience que ça ne plait pas forcément à tout le monde. :) Mais il n'y aura pas que ça dans le roman. Promis.

    Bisous

    RépondreSupprimer
  9. Lu, bien aimé ^^

    Des Yeux d'Opale, il y a la double narration.
    Effectivement il y a du suspense.
    Et puis Sidoine maintenant est dans de sales draps. On se demande bien comment il va se "racheter".

    (pour info, je n'ai pas lu d'autre version du prologue, je ne peux pas comparer)

    RépondreSupprimer
  10. Ah oui, mais la double narration, ce n'est que pour le prologue. Ensuite, c'est du classique à une voix, celle de Sidoine.
    Pour les autres prologues, en fait, ils constituent vraiment une histoire complètement différentes. Ne les lis pas. A la réflexion, c'est celui-ci le meilleur. ^^

    RépondreSupprimer