mardi 4 août 2009

Deuxième prologue

Merci pour vos gentilles remarques sur le premier prologue mais finalement, ce n'est pas du tout la version retenue. Dans ce prologue, je mettais en avant Sidoine et son passé. Je voulais qu'on comprenne son personnage dès le début, qu'on comprenne sa douleur. Et puis, j'ai commencé à écrire et le personnage qui affleurait sous les mots ne correspondait pas au personnage décrit par le prologue. J'avais beau forcer, ça ne coulait pas. J'ai tout arrêté et j'ai repris le prologue mais cette fois, du point de vue de Jeanne. Après tout, ce sont les événements arrivants à Jeanne qui déclenchent l'histoire. Autant commencer par ça.

Je voulais, et je veux toujours, un Sidoine avec un lourd passif et qui, de ce fait, n'est pas libre de ses actions. Pour cela, il fallait que je trouve un événement majeur de son passé. Comme ça ne pouvait pas être la perte d'un amour vu que j'étais incapable de concevoir un guerrier géant ayant eu une peine d'amour, il fallait que je trouve autre chose, quelque chose qui le change profondément. Une amie a alors parlé sur son blog de sa difficulté à décrire une métamorphose homme-loup et ça m'a donné une idée... Non, non, vous ne saurez pas. C'est dit à environ un tiers du roman. Faut pas gâcher la surprise. ^^

Vous me direz... Quel rapport avec le prologue puisqu'on n'y voit pas Sidoine ? Et bien, on y voit la méchante sorcière qui a fait des misères à notre Sidoine quand il était encore adolescent. Et il me fallait bien savoir quelle relation existait entre eux... Ah... et oui, le méchant sorcier a changé de sexe entre les deux prologues. J'arrive mieux à visualiser une méchante sorcière qu'un méchant sorcier. Allez savoir pourquoi...

Trève de bavardage. Voici donc le deuxième prologue. Il est un peu dur également. Si vous êtes sensible, abstenez vous. Et comme le précédent, ce n'est pas la version finale.

"Les nuages, nombreux, cachaient les quelques étoiles de cette nuit sans Lune. Jeanne ne trouvait pas le sommeil. Elle frissonna sous l'épais édredon de plumes. Le froid vif de l'hiver n'en était pas la cause. Un étrange malaise habitait la jeune fille. Elle tendait l'oreille. Les murs fins n'empêchaient ni le froid ni les bruits extérieurs de pénétrer dans sa modeste chambre. Les cloisons de pierre semblaient soudain frêles à Jeanne, prêtes à s'écrouler au premier souffle de vent. Un chien aboya quelque part. Jeanne frissonna de nouveau avant d'enfuir la tête sous l'épaisseur rassurante de la courtepointe. Elle espérait y trouver un peu de chaleur, un peu de réconfort, mais le malaise persistait. Un grondement sourd résonna alors. Jeanne ne put s'empêcher de pousser un petit cri de souris alors que son corps se mettait à trembler de manière irrépressible. Ils étaient là. Ils étaient venus la chercher, elle. Cela ne faisait aucun doute. Elle se recroquevilla un peu plus dans son lit alors que des bruits de cavalcades se faisaient entendre à l'extérieur et que les premiers hurlements humains retentissaient.
— Jeanne ! Lève-toi !
Un cri venu du rez-de-chaussée. La trappe d'accès du premier étage s'ouvrit. Jeanne sortit la tête pour apercevoir son père, Jean, debout sur l'échelle d'accès, qui lui faisait de grands signes. Elle s'extirpa de sa couche, grelottante, descendit à la suite de son père. En bas, ses deux grands frères et sa mère revêtaient des manteaux. Les grondements se faisaient plus nets à chaque instant. Les bhargoests approchaient. Ils ne tarderaient plus à trouver la maison de Jeanne, à la trouver elle, après avoir laissé une piste ensanglantée derrière eux.
— Prends ça !
Son père lui tendait un lourd manteau. Elle l'enfila alors qu'il ouvrait une petite porte qui donnait sur l'arrière de la maison. Déjà, des raclements ébranlaient la porte d'entrée. Les bhargoests n'allaient pas tarder à la franchir. Son père la pressa. Sa mère lui serra la main, un instant. Pieds nus, Jeanne franchit enfin le seuil de la demeure et courut à perdre haleine, droit devant elle, le reste de sa famille sur les talons.
Les premiers arbres de la forêt étaient à leur portée. A l'intérieur, les bhargoests auraient plus de difficultés à les suivre. Le cœur de Jeanne battait follement dans sa poitrine. Terrorisée, la jeune femme priait ses anges. Ils avaient promis de la guider, de l'aider. Elle était celle qui remettrait le véritable roi de Falatie sur le trône. Elle était celle qui bouterait les Azuréens hors de Falatie. Ils le lui avaient juré. Les bhargoests ne pourraient jamais l'attraper. Elle pressa encore sa course, l'âme emplie d'espoir. Un hurlement strident lui apprit la mort de sa mère. Les yeux embués de larmes, le souffle court, Jeanne ne se permit pas même un regard en arrière. Un gargouillis immonde et le claquement sec des os qui se brisent se firent entendre. Jeanne ferma les yeux, un instant, pour les rouvrir aussitôt. Père ou frère ? Elle ne savait pas même qui avait succombé sous les mâchoires féroces des créatures démoniaques. Les arbres étaient son seul espoir. Une cinquantaine de mètres l'en séparaient, une si courte distance, une si longue course.
Son frère Pierre la dépassa. Son frère Paul lui prit la main, l'entraînant en avant à sa suite. Elle redoubla d'effort. Ses pieds ne touchaient presque plus l'herbe de la plaine. Elle avait l'impression irréelle de voler. Le vent lui fouettait le visage, faisait voler ses longs cheveux dorés. Une créature écarlate fondit soudain sur Pierre. Les crocs blancs du gigantesque homme-loup se refermèrent sur la gorge de son frère et lui ravirent sa vie en un instant. Jeanne et Paul stoppèrent net. Le bhargoest se dressait entre eux et la protection de la forêt. Jeanne, la main fraternelle dans la sienne, fit quelques pas en arrière avant de sentir un souffle d'air tiède et empuanti sur son visage. La peur au ventre, elle tourna lentement la tête. Un second bhargoest l'observait de ses yeux rouge sang. En tendant la main, elle aurait pu le toucher. Jeanne lâcha Paul et tomba à genoux, les mains levées en une ultime prière.
— Mes doux saints…
Le bhargoest lui arracha la tête d'un puissant coup de patte. Le pauvre crâne roula quelques instants avant de se coincer dans un renfoncement du terrain. Paul hurla, de douleur, de peur. Les yeux sans vie de Jeanne fixèrent l'homme-loup alors qu'il levait le museau vers le ciel et poussait un long ululement, imité par ses deux congénères. Ensuite seulement, ils commencèrent leur festin.

Agenouillé, Paul ne pouvait détourner les yeux du repas. Le museau des monstrueuses créatures explorait le corps de leurs victimes, sa propre famille, en débusquant le moindre morceau de chair. Un haut-le-cœur prit Paul et répandit sur le sol le contenu de son estomac. Ce fut comme un signal pour les bhargoests. Ils redressèrent leur tête de loup sur leur corps d'homme et reniflèrent l'air nocturne. L'un d'eux s'approcha du jeune homme. Paul fit le signe de croix. Les loups démoniaques l'avaient jusque là ignoré mais ils avaient finalement décidé de rattraper leur erreur. Paul ferma les yeux. De puissantes mâchoires se refermèrent sur sa nuque. Deux filets de sang coulèrent quand les crocs transpercèrent la fine peau du jeune homme. Paul poussa un cri de terreur. Les yeux grands ouverts, il vit sa courte vie défiler devant lui. Tétanisé de peur, il mit quelques instants à réaliser que la bête ne l'avait pas mis à mort. Bien au contraire, comme s'il n'était qu'un louveteau, elle le transportait vers une destination inconnue.
Le trajet sembla long à Paul. Ballotté en tous sens, il luttait contre une nausée tenace et surtout, il pensait… Que lui réservaient ces créatures du Diable ? Allait-il servir de pâture à quelque engeance ? Il eut tout le temps d'imaginer les pires situations. Ses plus ignobles cauchemars devenaient soudain réalité. Enfin, il aperçut un point lumineux devant eux. Ils approchèrent rapidement. Le point lumineux grandit et Paul reconnut un feu de camp. Derrière les flammes, éclairé par elles, se tenait quelqu'un. Le jeune homme ne put s'empêcher de frémir. Un mage sanguinaire… Les légendes racontaient qu'ils contrôlaient les bhargoests. Certaines prétendaient même qu'ils les créaient par magie à partir d'humains. Il n'y avait pas créature plus cruelle au monde. Paul sut alors que la mort était proche. L'homme-loup qui le portait le jeta au sol avec violence. Le jeune homme roula jusqu'aux abords du feu. Tremblant, il attendit quelques instants avant d'oser relever la tête. Une femme, vêtue d'une longue robe de fourrure, se tenait près de lui. Le haut de son crâne et son dos étaient recouverts d'une peau de loup dont la gueule béante surmontait son visage. Elle se pencha vers Paul. Ses longs cheveux roux frôlèrent le visage du jeune homme. A la lueur des flammes, il la dévisagea. Elle était belle, terriblement belle. Un vent léger écarta un pan de la chevelure de la sorcière et Paul eut un mouvement de recul. L'œil droit lui manquait. Là où une terrible cicatrice s'achevait après avoir zébré ses traits depuis le coin de la lèvre inférieure gauche. Un frisson parcourut le jeune homme alors que le regard de la magicienne s'attardait sur lui.
— Ce n'est pas Sidoine !
Elle releva la tête et apostropha les bhargoests à la fourrure écarlate.
— Vous vous êtes trompés ! Incapables !
Les créatures firent entendre de petits grognements de dépits. L'œil mauvais, la femme désigna Paul, toujours tremblant à ses pieds.
— Il ne sera pas venu pour rien… Tenez le !
Le jeune homme sentit de puissantes mains griffues le saisirent. Il se débattit, paniqué, alors qu'on le remettait debout de force et qu'on arrachait le devant de sa chemise. D'un mouvement d'épaules, la sorcière se débarrassa de sa robe, révélant un petit sac rouge suspendu à son cou par une lanière de cuir de la même couleur. Elle l'ouvrit et en sortit des herbes qu'elle jeta dans le feu. Aussitôt, une fumée blanchâtre à l'odeur étonnamment sucrée et épicée s'éleva dans l'air. Paul bloqua sa respiration mais les volutes l'entourèrent bientôt. Maintenu par des mains fermes, il n'eut d'autre choix que de respirer. La femme s'avança alors vers lui, un large couteau en main, et Paul cessa de chercher à s'échapper, subjugué par la beauté de ce corps féminin dévoilé, envoûté par les vapeurs ensorcelées. Une main attrapa sa tignasse et fit brutalement basculer sa tête en arrière. Il tressaillit quand la lame aiguisée du couteau se posa sur sa jugulaire et pénétra profondément ses chairs. Il hurla quand la magicienne apposa ses lèvres sur la plaie ouverte et téta son sang goulûment.
Njorg se redressa bientôt, les lèvres, le menton et la poitrine couverts de sang chaud. Un sourire carnassier auréolait le visage de la sorcière repue. En expirant, l'homme lui avait offert plus que son sang. Son énergie vitale, sa force lui appartenaient à présent. Njorg se tourna vers l'Est, là où devait se trouver son ancien disciple, et leva le poing.
— Je te trouverai Sidoine ! Où que tu sois ! Et je te ferai payer ! Payer très cher !
Un rire sardonique éclata dans la nuit sans Lune."

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