lundi 24 août 2009

Envoi d'Opale à l'éditrice

Bon, ben voilà, j'ai appuyé sur le bouton "envoyer" de ma messagerie avec un petit pincement au coeur. Opale est reparti vers mon éditrice et j'ai un peu peur de ce qu'elle pourrait avoir envie de lui faire subir. Il faut dorénavant que je m'arme de patience en attendant la suite. Je compte 2 mois... et après, je téléphone. ^^

Sinon, j'ai participé à la nuit de l'écriture, il y a peu. Le forum de cette joyeuse animation se trouve ici . Le principe est d'écrire de 21h30 à 4h du matin et d'atteindre les 10 000 mots. Et cerise sur le gâteau, il faut que cela signifie quelque chose. Si, si, j'ai demandé à l'organisatrice. ^^

Je subissais un blocage sur Sidoine, ne sachant plus trop par quel bout prendre le bestiau, et j'ai donc profité de cette folle nuit pour faire voler en éclat ce blocage. Je n'ai pas atteint les 10 000 mots, loin de là. Je me suis contentée d'un petit 2000 mots mais au moins, Sidoine ne m'apparait plus comme impossible à terminer.

Je vous livre un extrait de ce que j'ai écrit durant cette nuit. Bonne lecture et n'hésitez pas à me laisser votre avis, même s'il est négatif. :)

Sidoine fit avancer sa monture au pas en direction des ruines encore fumantes. Quelques brasiers finissaient de se consumer ici ou là. Seuls leurs faibles crépitements et les craquements du bois se faisaient entendre. Le guerrier écouta un instant le silence avant de secouer la tête. Les bhargoests avaient quitté les lieux. Il continuait de progresser, espérant trouver une preuve que Jeanne avait survécu à l’attaque. L’odeur se faisait de plus en plus forte et écoeurante. Les bhargoests n’avaient laissé des villageois que des cadavres à moitié dévorés, passant visiblement d’une victime à l’autre, sans prendre le temps de terminer les restes. L’odeur du sang supplantait toutes les autres, s’insinuait dans les narines du guerrier, lui montait jusqu’à la cervelle, le faisant grogner en retour. Il fit stopper sa monture et fouilla fébrilement ses poches.
− Penser au vent.
Son regard se posa un instant sur l’encolure de son étalon et il resta comme hypnotisé. Rêvait-il ou voyait-il le flot de sang allant et venant sous l’épaisse peau de l’animal ? Du sang frais et si rouge, si désaltérant. Il en sentait presque le goût métallique sur sa langue. Un hennissement strident le sortit de sa transe et le retrouva les dents plantées dans le cou de sa monture. L’étalon secoua la tête, projetant son cavalier dans une flaque de boue ensanglantée. Sidoine se retint de se jeter au sol pour laper le sol. Avec des gestes tremblants, il ouvrit les pans de sa cape, défit les boutons maintenant le col de sa tunique de cuir fermé et extirpa un petit sac de lin blanc coincé entre sa peau et le tissu. Un instant, la perle blanche à son cou brilla dans la lumière matinale. Il ouvrit le petit sac et en sortit une pincée de poudre aux reflets bleutés qu’il se fourra dans les narines en inspirant profondément. L’apaisement se fit aussitôt ressentir. Sidoine resta assis quelques instants, prenant le temps de reprendre ses esprits.
Ses yeux erraient sur le désastre qui l’entourait. Etonnamment, sa monture n’avait pas décidé de fuir les lieux après qu’il l’ait mordue. Sans doute n’avait-elle ressenti qu’un léger pincement ou alors, elle était trop à bout de force pour condescendre à prendre la fuite devant un humain glouton. Sidoine soupira. Comment espérer que la petite campagnarde avait pu réchapper à un tel cataclysme ? Il finit par se relever et chercha la maison de la jeune femme. Il n’en trouva que des pans de murs sur le point de s’écrouler, ébranlés par la force bestiale des bhargoests. Doigts, mains, pieds, bras et morceaux de jambes avaient été disséminés aux quatre coins de la maison. Soudain, Sidoine aperçut la tête, empalée sur un morceau de bois planté entre deux planches d’une longue table. Une terreur sans nom avait tordu les contours du visage féminin dans un rictus ignoble. Les yeux vitreux posèrent sur le guerrier un regard accusateur. Sidoine haussa les épaules.
− Il fallait que je tombe sur une sainte qui avait la guigne…

jeudi 20 août 2009

Fin des corrections des Yeux d'Opale

Voilà... Mon roman, "Les yeux d'Opale", est terminé. Il est tout beau, tout propre. Ses petites virgules et ses petits points sont alignés bien proprement, avec tout le reste de la signalétique littéraire. Y a plus qu'à le renvoyer chez Gallimard. Mais pour ça, j'attendrai lundi. Ca me laisse encore trois jours au cas où une énorme bourde me sauterait au visage.

Je voulais particulièrement remercier mon dernier bêta lecteur. Je vous ai déjà dit tout le bien que j'en pensais et je n'ai pas changé d'avis, bien au contraire. Un gigantesque merci, Béorn. :)

Bon, sinon, je n'ai toujours pas regrignoté mes ongles et pourtant, je viens d'envoyer ma démission à ma boite. ^^ Une folie. ^^

Bon week end, en avance, tout le monde.

mercredi 19 août 2009

Une bonne résolution tenue

Ca y est... Je suis rentrée de vacances et ça sent drôlement la rentrée prochaine. En fait, il n'y a guère que la canicule pour me rappeler que les vacances ne sont pas tout à fait terminées.

Mon dernier bêta lecteur, dénommé Perle, m'a rendu les dernières corrections d'Opale et il semble avoir apprécié sa lecture. Il y a certains points qui lui sont demeurés obscurs et je vais voir à les éclaircir, par l'ajout de quelques mots voire éventuellement d'une phrase mais rien de plus. Ce n'est pas tant par flemme que par la peur de générer de nouvelles erreurs dans le texte. D'ici demain ou après demain, Opale sera terminé et je l'enverrai à mon éditrice et là, c'est le mystère complet... mais je vous tiendrai au courant de la suite des événements. J'espère en mon for intérieur que le fait de rendre Opale rapidement provoquera une édition rapide mais il est possible que cela n'ait aucun impact. Il reste beaucoup d'étapes encore avant la publication et les maisons d'édition ont des calendriers à respecter.

Enfin, pour parler un peu de moi... ben oui, quoi, on parle jamais de moi... Comment ça, j'exagère ? ^^ Juste pour dire que j'ai arrêté de me manger les ongles... Et comme ça faisait partie de mes bonnes résolutions du début d'année, je vous le signale. D'ailleurs, va falloir que j'aille me les couper, mes ongles, histoire qu'ils cessent de rentrer en contact avec les touches du clavier. C'est d'un désagréable ! Bon, ok, j'arrête de vous ennuyer avec mes petites histoires. ^^

A bientôt.

mercredi 12 août 2009

Le génie

Vous savez que poster sur ce blog, c'est un peu raconter une histoire, à chaque fois ? Le plus difficile est d'écrire la première ligne, celle à partir de laquelle tout le reste du post se déroulera. Enfin, le plus difficile après avoir trouvé de quoi parler, s'entends. ^^

Les lecteurs posent souvent cette question aux auteurs : d'où vient votre inspiration ? Charge alors aux auteurs d'expliquer qu'ils se contentent d'ouvrir les yeux sur le monde qui les entoure et d'y vivre. Mais cela ne suffit généralement pas aux lecteurs qui bien souvent n'y voient qu'une façon détournée de ne pas répondre à la question. Ils imaginent alors certainement qu'il y a une méthode que seuls certains "élus" connaissent et à laquelle ils n'auront jamais accès. Peut-être...

Elizabeth Gilbert, auteur de "Mange, Prie, Aime" a cherché à mieux cerner d'où pouvait venir l'inspiration et parle du génie dans cette allocution de dix huit minutes que je vous conseille chaleureusement de visionner.

A noter que ce site ne propose pas que l'intervention d'Elisabeth Gilbert. Vous y trouverez d'autres discours sur toutes sortes d'idées originales, censées améliorer le monde.

Je vous souhaite une bonne écoute et n'oubliez pas de toujours parler gentiment à votre génie. :)

mercredi 5 août 2009

Troisième prologue de Sidoine

Aujourd'hui, je vous livre la dernière version du prologue. Il tient compte des changements concernant Oriane. De jeune paysanne aux moeurs légères, il est devenu... vous verrez en lisant. Contrairement au second prologue, celui-ci est plus court. Il devrait s'allonger légèrement lors des corrections pour améliorer le suspens. Je ne sais pas vous mais, pour ma part, je suis incapable de modifier un texte que je viens d'écrire. Il a besoin de reposer quelques temps avant de pouvoir être retravaillé.

Dans cette version, j'ai mis l'accent sur Oriane et Sidoine. On ne voit plus apparaître Njorg mais son ombre maléfique plane sur le premier chapitre. Cette disparition n'est donc pas bien grave. Jusqu'ici, j'avais essayé d'écrire un roman très dark. Vexée qu'Opale soit qualifié de jeunesse alors que je l'avais écrit pour des adultes, j'ai cherché à me forcer à écrire une histoire sombre. Mais chassez le naturel et il revient au galop... Je peux me forcer sur quelques milliers de signes mais au final, ce n'est pas du tout mon style d'écriture. Dans ce prologue, j'ai voulu donner un avant gôût du style que je veux donner au roman : sombre mais pas sans une pointe d'humour noir. Quant à savoir si je pourrais tenir la barre jusqu'au mot fin, c'est une autre histoire...

Allez, je vous laisse lire le 3eme prologue. A noter qu'il est un peu cru et donc, pas forcément adapté aux jeunes gens. Et si vous avez un peu de temps, n'hésitez pas à me dire quel prologue vous préférez et pourquoi. Bonne lecture.

"L’aube ne serait pas là avant plusieurs heures. Un vent belliqueux faisait voler les pans de la lourde cape de laine autour du cavalier. Sidoine arrêta sa monture et observa les lieux. Une courte route menait dans un petit village tandis qu’une autre portion, plus large, s’éloignait dans la campagne et se perdait rapidement dans la brume. Sidoine grommela un juron. Transi de froid, le dos endolori, les extrémités gelées, l’estomac vide et l’esprit embrumé par la fatigue de sa longue chevauchée, le guerrier n’était plus que l’ombre de lui-même. Il réfléchit un instant et haussa finalement les épaules. Cette Jeanne de Domfroy pouvait bien attendre le lendemain pour qu’il la rejoigne. Il avait bien mérité un peu de détente pour le restant de la nuit. Il éperonna son étalon et ne fut pas long à reconnaître l’enseigne du bordel le plus proche.

En ce long mois d’hiver, la nuit tardait à laisser place au jour. Une brume humide et compacte inondait les fossés de cette campagne reculée de l’est du royaume de Falatie, recouvrait monts et collines, redessinait les contours de toute choses. Une bise glaciale soufflait de l’est. Jeanne l’entendait siffler à ses oreilles malgré les murs de pierre grise de la petite chapelle de Domfroy où elle priait. Une bourrasque plus puissante que les autres força les battants de l’entrée, se fraya un chemin à l’intérieur, souffla les cierges, s’engouffra dans les longs cheveux noirs de Jeanne avant de venir mourir au pied de l’autel. Un rugissement sourd résonna en écho. Jeanne tourna la tête. La porte battait contre le mur, laissant apercevoir au dehors une forme plus sombre que la nuit la plus noire.

Des yeux couleur d’émeraude, des cheveux noirs de jais, la taille fine, une poitrine discrète, elle se nommait Oriane. Le guerrier aurait préféré une femme plus en chair, plus âgée, plus… moins… Elle bâilla et la mère maquerelle lança un regard désapprobateur à Sidoine. Sans sa carrure de géant, la bâtarde pendant à son côté, son regard noir, son visage tanné par le froid et le soleil, elle l’aurait certainement foutu à la porte. Il accepta la donzelle. A cette heure, il n’avait plus guère le choix.

Des yeux couleur rubis, une crinière rouge courant de la tête aux reins, une taille dépassant les deux mètres cinquante, une tête de loup posée sur un torse humain, des cuisses humaines reliées à des jambes de loup, des bras humains aux mains griffues, à la pilosité abondante, ainsi apparut le bhargoest à Jeanne. Du sang s’était figé aux commissures de ses babines, mouchetait son corps de tâches sombres. Son regard semblait chercher à la transpercer. Il pénétra dans la chapelle et Jeanne crut qu’il en avait chassé l’air jusqu’à ce qu’un cri déchire l’air, son propre cri. Jeanne se leva et se précipita vers la porte donnant sur l’arrière du bâtiment.

A son cou, la perle rouge sang oscillait sous les coups de butoir de ses reins. Sous lui, la prostituée bougeait à peine, poussant de vagues cris de plaisir de temps à autres, le regard perdu dans les poutres du toit. Sidoine enrageait. Au prix où il la payait, elle pourrait au moins faire semblant convenablement. Il se retira brutalement, retourna la fille, et reprit sa besogne. Au moins, elle avait une belle paire de fesses.

Jeanne courait comme elle n’avait jamais couru de sa vie, aussi vite que ses jambes le lui permettaient, l’homme-loup à ses trousses. Elle avait cessé de prier à voix haute, conservant son souffle pour la course, mais son esprit continuait de lancer des prières en direction du Très Haut. Il ne pouvait pas l’abandonner maintenant, pas ainsi. Elle était l’Elue, celle qu’il avait choisie pour reconquérir le trône de Falatie et y placer le seul et unique roi, Francis de Molière. Ses propres saints le lui avaient dit !

Le corps de la maraude frémissait sous ses assauts répétés. La chair ferme de sa croupe ondoyait sous ses doigts. La longue chevelure de la belle formait un chaste rideau devant son visage et Sidoine se plaisait à croire que ses petits cris de jouissance n’étaient point feints. Il accéléra le mouvement, agonissant sa monture d’excitantes injures.

Le bhargoest était sur elle. Jeanne sentait son souffle dans son cou. Elle voulut lui échapper mais ses jambes refusaient de la porter davantage. Elle s’écroula à ses pieds, le souffle court.

Il sentait la jouissance toute proche maintenant. Il s’était tu, avait fermé les yeux et ahanait à chaque nouveau va-et-vient.

Puisant dans ses ultimes forces, elle se tourna vers la créature mi-homme mi-loup et, dans une dernière tentative de protection, tendit dans sa direction la croix qu’elle portait au cou. Un rire amusé sortit de la gorge humaine.

Il était le roi. Le monde avait cessé d’exister et ne subsistait plus que le plaisir animal de ses reins. Il ouvrit la bouche sur un cri de plaisir.

Le bhargoest, ses mâchoires de loup grandes ouvertes se rapprocha de son visage et Jeanne hurla de terreur.

Sidoine grogna son extase.

La gueule se referma sur la gorge de Jeanne, broyant la jugulaire. Le cri de la jeune femme se transforma en un gargouillis immonde avant de s’éteindre à jamais.

Sidoine se laissa retomber sur le côté. L’instant d’après, il ronflait.

Le bhargoest goûtait la chair fraîche quand un sifflement strident lui fit relever la tête. Il monta la proie sans vie sur ses épaules et courut rejoindre sa maîtresse.

Le soleil brillait sur l’horizon quand le cavalier carapaçonné de noir parvint en vue de Domfroy. Le guerrier arrêta net sa monture. Du village, il ne restait que des décombres calcinés. Quelques fumées fétides s’étiraient paresseusement dans l’air vif.
− Eh, merde ! fit Sidoine."

mardi 4 août 2009

Deuxième prologue

Merci pour vos gentilles remarques sur le premier prologue mais finalement, ce n'est pas du tout la version retenue. Dans ce prologue, je mettais en avant Sidoine et son passé. Je voulais qu'on comprenne son personnage dès le début, qu'on comprenne sa douleur. Et puis, j'ai commencé à écrire et le personnage qui affleurait sous les mots ne correspondait pas au personnage décrit par le prologue. J'avais beau forcer, ça ne coulait pas. J'ai tout arrêté et j'ai repris le prologue mais cette fois, du point de vue de Jeanne. Après tout, ce sont les événements arrivants à Jeanne qui déclenchent l'histoire. Autant commencer par ça.

Je voulais, et je veux toujours, un Sidoine avec un lourd passif et qui, de ce fait, n'est pas libre de ses actions. Pour cela, il fallait que je trouve un événement majeur de son passé. Comme ça ne pouvait pas être la perte d'un amour vu que j'étais incapable de concevoir un guerrier géant ayant eu une peine d'amour, il fallait que je trouve autre chose, quelque chose qui le change profondément. Une amie a alors parlé sur son blog de sa difficulté à décrire une métamorphose homme-loup et ça m'a donné une idée... Non, non, vous ne saurez pas. C'est dit à environ un tiers du roman. Faut pas gâcher la surprise. ^^

Vous me direz... Quel rapport avec le prologue puisqu'on n'y voit pas Sidoine ? Et bien, on y voit la méchante sorcière qui a fait des misères à notre Sidoine quand il était encore adolescent. Et il me fallait bien savoir quelle relation existait entre eux... Ah... et oui, le méchant sorcier a changé de sexe entre les deux prologues. J'arrive mieux à visualiser une méchante sorcière qu'un méchant sorcier. Allez savoir pourquoi...

Trève de bavardage. Voici donc le deuxième prologue. Il est un peu dur également. Si vous êtes sensible, abstenez vous. Et comme le précédent, ce n'est pas la version finale.

"Les nuages, nombreux, cachaient les quelques étoiles de cette nuit sans Lune. Jeanne ne trouvait pas le sommeil. Elle frissonna sous l'épais édredon de plumes. Le froid vif de l'hiver n'en était pas la cause. Un étrange malaise habitait la jeune fille. Elle tendait l'oreille. Les murs fins n'empêchaient ni le froid ni les bruits extérieurs de pénétrer dans sa modeste chambre. Les cloisons de pierre semblaient soudain frêles à Jeanne, prêtes à s'écrouler au premier souffle de vent. Un chien aboya quelque part. Jeanne frissonna de nouveau avant d'enfuir la tête sous l'épaisseur rassurante de la courtepointe. Elle espérait y trouver un peu de chaleur, un peu de réconfort, mais le malaise persistait. Un grondement sourd résonna alors. Jeanne ne put s'empêcher de pousser un petit cri de souris alors que son corps se mettait à trembler de manière irrépressible. Ils étaient là. Ils étaient venus la chercher, elle. Cela ne faisait aucun doute. Elle se recroquevilla un peu plus dans son lit alors que des bruits de cavalcades se faisaient entendre à l'extérieur et que les premiers hurlements humains retentissaient.
— Jeanne ! Lève-toi !
Un cri venu du rez-de-chaussée. La trappe d'accès du premier étage s'ouvrit. Jeanne sortit la tête pour apercevoir son père, Jean, debout sur l'échelle d'accès, qui lui faisait de grands signes. Elle s'extirpa de sa couche, grelottante, descendit à la suite de son père. En bas, ses deux grands frères et sa mère revêtaient des manteaux. Les grondements se faisaient plus nets à chaque instant. Les bhargoests approchaient. Ils ne tarderaient plus à trouver la maison de Jeanne, à la trouver elle, après avoir laissé une piste ensanglantée derrière eux.
— Prends ça !
Son père lui tendait un lourd manteau. Elle l'enfila alors qu'il ouvrait une petite porte qui donnait sur l'arrière de la maison. Déjà, des raclements ébranlaient la porte d'entrée. Les bhargoests n'allaient pas tarder à la franchir. Son père la pressa. Sa mère lui serra la main, un instant. Pieds nus, Jeanne franchit enfin le seuil de la demeure et courut à perdre haleine, droit devant elle, le reste de sa famille sur les talons.
Les premiers arbres de la forêt étaient à leur portée. A l'intérieur, les bhargoests auraient plus de difficultés à les suivre. Le cœur de Jeanne battait follement dans sa poitrine. Terrorisée, la jeune femme priait ses anges. Ils avaient promis de la guider, de l'aider. Elle était celle qui remettrait le véritable roi de Falatie sur le trône. Elle était celle qui bouterait les Azuréens hors de Falatie. Ils le lui avaient juré. Les bhargoests ne pourraient jamais l'attraper. Elle pressa encore sa course, l'âme emplie d'espoir. Un hurlement strident lui apprit la mort de sa mère. Les yeux embués de larmes, le souffle court, Jeanne ne se permit pas même un regard en arrière. Un gargouillis immonde et le claquement sec des os qui se brisent se firent entendre. Jeanne ferma les yeux, un instant, pour les rouvrir aussitôt. Père ou frère ? Elle ne savait pas même qui avait succombé sous les mâchoires féroces des créatures démoniaques. Les arbres étaient son seul espoir. Une cinquantaine de mètres l'en séparaient, une si courte distance, une si longue course.
Son frère Pierre la dépassa. Son frère Paul lui prit la main, l'entraînant en avant à sa suite. Elle redoubla d'effort. Ses pieds ne touchaient presque plus l'herbe de la plaine. Elle avait l'impression irréelle de voler. Le vent lui fouettait le visage, faisait voler ses longs cheveux dorés. Une créature écarlate fondit soudain sur Pierre. Les crocs blancs du gigantesque homme-loup se refermèrent sur la gorge de son frère et lui ravirent sa vie en un instant. Jeanne et Paul stoppèrent net. Le bhargoest se dressait entre eux et la protection de la forêt. Jeanne, la main fraternelle dans la sienne, fit quelques pas en arrière avant de sentir un souffle d'air tiède et empuanti sur son visage. La peur au ventre, elle tourna lentement la tête. Un second bhargoest l'observait de ses yeux rouge sang. En tendant la main, elle aurait pu le toucher. Jeanne lâcha Paul et tomba à genoux, les mains levées en une ultime prière.
— Mes doux saints…
Le bhargoest lui arracha la tête d'un puissant coup de patte. Le pauvre crâne roula quelques instants avant de se coincer dans un renfoncement du terrain. Paul hurla, de douleur, de peur. Les yeux sans vie de Jeanne fixèrent l'homme-loup alors qu'il levait le museau vers le ciel et poussait un long ululement, imité par ses deux congénères. Ensuite seulement, ils commencèrent leur festin.

Agenouillé, Paul ne pouvait détourner les yeux du repas. Le museau des monstrueuses créatures explorait le corps de leurs victimes, sa propre famille, en débusquant le moindre morceau de chair. Un haut-le-cœur prit Paul et répandit sur le sol le contenu de son estomac. Ce fut comme un signal pour les bhargoests. Ils redressèrent leur tête de loup sur leur corps d'homme et reniflèrent l'air nocturne. L'un d'eux s'approcha du jeune homme. Paul fit le signe de croix. Les loups démoniaques l'avaient jusque là ignoré mais ils avaient finalement décidé de rattraper leur erreur. Paul ferma les yeux. De puissantes mâchoires se refermèrent sur sa nuque. Deux filets de sang coulèrent quand les crocs transpercèrent la fine peau du jeune homme. Paul poussa un cri de terreur. Les yeux grands ouverts, il vit sa courte vie défiler devant lui. Tétanisé de peur, il mit quelques instants à réaliser que la bête ne l'avait pas mis à mort. Bien au contraire, comme s'il n'était qu'un louveteau, elle le transportait vers une destination inconnue.
Le trajet sembla long à Paul. Ballotté en tous sens, il luttait contre une nausée tenace et surtout, il pensait… Que lui réservaient ces créatures du Diable ? Allait-il servir de pâture à quelque engeance ? Il eut tout le temps d'imaginer les pires situations. Ses plus ignobles cauchemars devenaient soudain réalité. Enfin, il aperçut un point lumineux devant eux. Ils approchèrent rapidement. Le point lumineux grandit et Paul reconnut un feu de camp. Derrière les flammes, éclairé par elles, se tenait quelqu'un. Le jeune homme ne put s'empêcher de frémir. Un mage sanguinaire… Les légendes racontaient qu'ils contrôlaient les bhargoests. Certaines prétendaient même qu'ils les créaient par magie à partir d'humains. Il n'y avait pas créature plus cruelle au monde. Paul sut alors que la mort était proche. L'homme-loup qui le portait le jeta au sol avec violence. Le jeune homme roula jusqu'aux abords du feu. Tremblant, il attendit quelques instants avant d'oser relever la tête. Une femme, vêtue d'une longue robe de fourrure, se tenait près de lui. Le haut de son crâne et son dos étaient recouverts d'une peau de loup dont la gueule béante surmontait son visage. Elle se pencha vers Paul. Ses longs cheveux roux frôlèrent le visage du jeune homme. A la lueur des flammes, il la dévisagea. Elle était belle, terriblement belle. Un vent léger écarta un pan de la chevelure de la sorcière et Paul eut un mouvement de recul. L'œil droit lui manquait. Là où une terrible cicatrice s'achevait après avoir zébré ses traits depuis le coin de la lèvre inférieure gauche. Un frisson parcourut le jeune homme alors que le regard de la magicienne s'attardait sur lui.
— Ce n'est pas Sidoine !
Elle releva la tête et apostropha les bhargoests à la fourrure écarlate.
— Vous vous êtes trompés ! Incapables !
Les créatures firent entendre de petits grognements de dépits. L'œil mauvais, la femme désigna Paul, toujours tremblant à ses pieds.
— Il ne sera pas venu pour rien… Tenez le !
Le jeune homme sentit de puissantes mains griffues le saisirent. Il se débattit, paniqué, alors qu'on le remettait debout de force et qu'on arrachait le devant de sa chemise. D'un mouvement d'épaules, la sorcière se débarrassa de sa robe, révélant un petit sac rouge suspendu à son cou par une lanière de cuir de la même couleur. Elle l'ouvrit et en sortit des herbes qu'elle jeta dans le feu. Aussitôt, une fumée blanchâtre à l'odeur étonnamment sucrée et épicée s'éleva dans l'air. Paul bloqua sa respiration mais les volutes l'entourèrent bientôt. Maintenu par des mains fermes, il n'eut d'autre choix que de respirer. La femme s'avança alors vers lui, un large couteau en main, et Paul cessa de chercher à s'échapper, subjugué par la beauté de ce corps féminin dévoilé, envoûté par les vapeurs ensorcelées. Une main attrapa sa tignasse et fit brutalement basculer sa tête en arrière. Il tressaillit quand la lame aiguisée du couteau se posa sur sa jugulaire et pénétra profondément ses chairs. Il hurla quand la magicienne apposa ses lèvres sur la plaie ouverte et téta son sang goulûment.
Njorg se redressa bientôt, les lèvres, le menton et la poitrine couverts de sang chaud. Un sourire carnassier auréolait le visage de la sorcière repue. En expirant, l'homme lui avait offert plus que son sang. Son énergie vitale, sa force lui appartenaient à présent. Njorg se tourna vers l'Est, là où devait se trouver son ancien disciple, et leva le poing.
— Je te trouverai Sidoine ! Où que tu sois ! Et je te ferai payer ! Payer très cher !
Un rire sardonique éclata dans la nuit sans Lune."

lundi 3 août 2009

Premier prologue de Sidoine

J'ai repris l'écriture de Sidoine avec mes nouvelles idées sur Oriane et en travaillant sur le prologue, j'ai réalisé que des prologues, j'en avais écrit plusieurs pour cette histoire, prologues qui resteraient à jamais prisonniers des limbes électroniques de mon pc. Je ne sais pas comment écrivent les auteurs en général mais moi, je jette beaucoup, surtout mes débuts. Je peux les recommencer plusieurs fois de suite pour démarrer l'écriture d'un roman. Je dis ça mais en même temps, j'en suis qu'à mon second, de roman. Ca ne permet pas vraiment de faire des généralités.

Bref, j'ai décidé de mettre les différentes moutures sur mon blog. Pour ceux qui les liraient, l'histoire racontée par ces prologues ne préfigurent en rien de l'histoire véritablement racontée dans la version finale de Sidoine. Il faudra les lire et les oublier aussitôt. ^^

Aujourd'hui, je vous mets le premier de la liste. C'est du premier jet et il est possible qu'il s'y trouve des fautes d'orthographes et des passages mal dits. Vous m'excuserez de ne pas avoir envie de retravailler de futurs rebuts. ^^

Edit : Une petite précision, ce texte n'est pas destiné à la jeunesse. La scène peut éventuellement choquer les âmes sensibles.


"La peur au ventre, il franchit la dernière marche et tendit sa torche. La lueur entamait à peine les ténèbres souterraines. Il frissonna et fit un pas hésitant sur les dalles de pierre rendues glissantes par l'humidité. Son cœur cognait dans sa poitrine, martelant ses oreilles. Il prit une profonde respiration, la regretta aussitôt alors qu'une odeur putride envahissait ses narines. Ecoeuré, il se força à marcher. Il se mouvait lentement comme pris dans un brouillard résistant à chacun de ses gestes. Il aurait pu, il aurait dû, fuir, et pourtant, il se sentait irrésistiblement attiré en avant. Un rectangle sombre auréolé d'une lumière jaunâtre se découpa devant lui. Il avança la main et la posait sur le vantail quand un hurlement strident le tétanisa.
— Emilie !
Son propre cri lui rendit l'usage de ses muscles. La porte s'ouvrit sous sa poussée. Il hoqueta devant l'horreur de la scène. Son Emilie, écartelée sur une grande croix de bois sombre, alors qu'un homme la besognait en poussant des râles de plaisir. Cet homme, il le reconnut. Therion. Son mentor, son presque père, Therion.
— Noooooooon !
L'homme se retourna, le sexe dressé, laissant voir la jeune femme attachée debout, nue, le corps tailladé, ensanglanté de sang, de son propre sang. Il l'avait torturée !
— Sid…
Son prénom, murmuré par des lèvres tant aimées et réduites en charpie sanguinolente, lui transperça le cœur. Le regard d'Emilie, cet appel pour sa délivrance, quelle qu'elle soit, lui vrilla les tempes. Il bondit en avant. Le poignard de Therion s'abattit. La lame traversa le cou d'Emilie. Dans un soubresaut, elle rendit l'âme, ses yeux grands ouverts fixant Sid. Ses genoux se dérobèrent sous lui. Il hurla de douleur.
— L'amour n'est pas pour nous, Sidoine… murmura son mentor.


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Sid se réveilla en sursaut et s'assit, le cœur battant à tout rompre, le souffle rapide. D'une main tremblante, il essuya la sueur poisseuse qui maculait son front et observa les lieux, hagard. L'aube se levait à peine sur la campagne environnante. Un petit cours d'eau murmurait à une dizaine de mètres de lui. Derrière lui, quelques saules le séparaient d'une route poussiéreuse. Son étalon, Sable, broutait à quelques pas.
Sidoine mit quelques instants à se souvenir où il se trouvait : nulle part. Il grimaça un sourire. Au moins, s'il avait hurlé durant son cauchemar, il n'avait réveillé personne. Il rejeta la cape de laine noire qui lui avait servi de couverture et se leva, bâilla à s'en décrocher la mâchoire et s'étira longuement pour combattre la raideur qui s'était emparée de ses muscles. Il termina de se réveiller en chassant par de puissants coups du plat de la main les quelques brins d'herbe restés collés à ses vêtements de cuir noir. Sable hennit et s'ébroua.
— Comme tu dis...
Il s'approcha du ruisseau et s'agenouilla, laissant échapper un léger gémissement. Ses articulations le faisaient souffrir. Il n'avait plus vingt ans depuis longtemps et son corps le lui rappelait régulièrement. Il se pencha et s'aspergea visage et chevelure d'eau fraîche. Les mains posées dans la terre meuble, l'esprit ailleurs, il laissa les gouttes glisser le long de ses joues recouvertes d'une barbe naissante, tomber de ses cheveux noirs mi-longs, perler au bout des longs cils qui surmontaient son regard sombre. Enfin, il se secoua, se redressa, ramassa cape et épée bâtarde et rejoignit sa monture. "